février 11

La manipulation – Leçon 3 : Cohérence et engagement

Print Friendly, PDF & Email
Partages

La semaine dernière, vous avez vu « le besoin d’appartenance », la nécessité de combler certains besoins ainsi que la force de la preuve sociale qui sont autant de leviers qu’un manipulateur, égocentrique ou malsain, pourrait utiliser à vos dépends.

Le besoin de cohérence : un besoin universel et nécessaire.

Vous avez tous, qui que vous soyez, un besoin de cohérence quasi obsessionnel.

Être cohérent, c’est honorer ses convictions, avoir une certaine continuité dans son comportement et faire en sorte qu’opinions et actions concordent.

Cohérence est souvent synonyme de stabilité et de fiabilité.
La cohérence est utile puisqu’elle donne une certaine ligne de conduite.

Imaginez quelqu’un d’incohérent : ses paroles ne sont jamais suivies d’actes, ses amitiés et ses préférences changent selon le temps qu’il fait ou les circonstances, il est incapable de s’engager ou d’avoir une opinion personnelle.
Que penseriez-vous d’une telle personne ?
Qu’elle est peu fiable, inconséquente, voire hypocrite.

La cohérence est donc nécessaire pour votre vie en société.

COHERENCELa cohérence a également un autre avantage : elle vous permet de ne pas réfléchir sans cesse sur le bien-fondé de chacune de vos décisions et de vos actions.
Si à chaque fois que vous décidiez quelque chose, vous deviez prendre en compte tous les paramètres existants, vous ne feriez plus rien : tout votre temps et toute votre énergie serait happés par ce processus, et vous deviendriez les rois de la procrastination !

Au lieu de cela, chaque décision prise est dictée par les décisions et opinions qui lui sont antérieures, ce qui diminue fortement le champ des possibilités.
La cohérence est confortable dans le sens où elle réduit la réflexion nécessaire à la prise d’une décision, dans la mesure où elle fera partie d’un tout global.
Elle rend chacun de nous compréhensible et…. prévisible.

L’engagement : la conséquence de la cohérence

Être cohérent amène forcément à continuer dans une voie, une fois que l’on s’y est engagé.

engagementEvidemment, cet engagement peut être plus ou moins fort : entre la parole lancée entre 2 verres de whisky lors d’une soirée bien arrosée et le contrat signé en bonne et due forme, la différence est flagrante.

Il est notoire qu’un engagement pris devant témoin est, par exemple, beaucoup plus fort et difficile à rompre qu’un engagement pris de façon anonyme ou n’ayant que soi-même pour témoin.

De même un acte engage plus profondément qu’une parole.

Quand vous prenez une décision (justifiée, extorquée ou autre), vous avez tendance à ne pas changer d’avis et même à agir dans la droite ligne de cette décision : c’est cela la cohérence.

Evidemment, c’est plutôt normal et sain. Là où c’est moins raisonnable, c’est quand la décision s’est avérée être mauvaise, qu’elle n’a pas eu les résultats que vous attendiez et que vous ne renoncez pas.

L’importance du « libre-arbitre »

libre arbitreLa concordance entre les décisions que l’on prend et leurs effets n’est véritablement possible que dans la mesure où les décisions sont prises dans un contexte (ou avec une impression) de libre-arbitre.

Quand au rapport avec la manipulation, il est primordial, pour la personne qui vous manipule, de vous laisser l’illusion que vous avez pris telle ou telle décision librement et en toute connaissance de cause… car il sera ensuite beaucoup plus difficile de renoncer à vos engagements.

L’importance du coût de la décision

cout de decisionToute décision, et donc tout engagement, a un certain coût, qu’il soit temporel, financier, psychologique ou relationnel.
Plus ce coût est important, plus l’engagement est important et plus la décision prise prend d’importance : c’est forcément la bonne puisqu’on y a consacré beaucoup d’efforts.
Plus une action est chère, plus elle est engageante. plus vous vous investissez dans quelque chose, moins vous êtes susceptible de revenir en arrière, sous peine de voir votre investissement gâché.

L’escalade d’engagements se caractérise justement par une série de décisions qui sont de plus en plus coûteuses et infructueuses.

Les secrets du piège abscons

Le piège abscons est le piège dans lequel on s’est mis tout seul à cause de l’effet pervers de l’engagement.
C’est lorsqu’une personne campe sur ses décisions, qu’elle reste focalisée sur une stratégie ou qu’elle maintient une ligne de conduite dans laquelle elle a déjà beaucoup investit (en argent, en temps et en énergie) et ceci au détriment d’autres stratégies ou ligne de conduite qui auraient pu être bien plus avantageuses, mais qu’elle n’a pas voulu voir ni prendre en considération.

La recherche obsessionnelle de cohérence vous amène parfois à persister dans des comportements qui, vus de l’extérieur, semblent incompréhensibles voire destructeurs.
Le principe est simple et le scénario connu de tous : on prend une décision qui s’avère rapidement mauvaise et plutôt que de faire marche arrière et comme vous avez déjà « investit » dans cette mauvaise voie, vous vous obstinez en accumulant les erreurs. Et plus vous vous obstinez, plus vous vous engagez, et le piège prend forme.

cercle-vicieuxNon seulement l’engagement entraîne l’engagement mais la remise en question implique souvent la reconnaissance d’une erreur originelle, ce qui n’est jamais agréable.
Vous vous êtes investit dans quelque chose, vous y avez mis du cœur, et vous ne voulez pas reconnaître que vous avez fait tout ça pour rien.

C’est par exemple le plat dans lequel vous avez mis trop de sel et que vous essayez de sauver en ajoutant des épices.
C’est aussi l’exemple de certaines personnes qui continuent à vivre ensemble, alors qu’elles n’ont plus aucun sentiment amoureux qui les unit. Pourquoi restent elles ensemble ? Il y a plusieurs raisons à tout cela, toutes plus « objectives » les unes que les autres : on a un crédit sur le dos, les enfants vivraient mal le divorce, on a peur de la solitude, il y a toujours un moyen pour faire revivre la flamme d’antan, etc.

Et il y a aussi une raison moins avouable à cela : on ne veut pas reconnaître que l’on s’est trompé, que l’on a fait une erreur….
Cela explique quelquefois certains dysfonctionnements dans les entreprises ou dans les couples : le coût de la décision initiale augmente petit à petit et plus le coût augmente, plus il devient difficile de changer d’avis car cela impliquerait que l’on s’est trompé non seulement sur la décision initiale, amis aussi et surtout sur toutes les décisions suivantes et que le raisonnement que l’on avait durement échafaudé pour se persuader qu’il fallait bien agir ainsi était boiteux ….

Quid de la manipulation ?

Cette tendance naturelle peut être exploitée pour la manipulation.

manipulation_titreIl suffit d’amener la personne à prendre une décision ou lui faire croire qu’elle a pris une décision.
Dès lors, la personne est « engagée » et va agir conformément à sa décision.

La plupart des manipulations consistent, pour un résultats souhaité B, à extorquer une première décision A simplement destinée à « conditionner » la personne dans une chaîne de décisions cohérentes.

Un refus aussi peut être engageant.

En résumé :

Des comportements cohérents :

Quand vous prenez une décision, elle n’est généralement pas isolée de ce que vous êtes en règle générale et elle conditionne la suite de vos agissements.

Si une décision est mauvaise, vous avez tendance à vouloir persévérer parce que vous vous êtes investi.
Et plus une action vous coûte, en argent, en temps, en volonté, plus elle va vous engager pour la suite.

Votre personnalité, vos opinions et vos actes font, en général preuve d’une bonne cohérence.

Cette cohérence est nécessaire pour pouvoir vivre en bonne intelligence avec les autres. C’est d’ailleurs une qualité valorisée par nos sociétés, car elle implique aussi persévérance, assiduité et esprit logique.

Aller au bout de ce que l’on a commencé

En effet, votre besoin de cohérence vous pousse à faire ce que vous avez dit, ou à continuer ce que vous avez entamé. D’ailleurs, vous trouvez, en général de très bonnes raisons pour agir ainsi, la 1ère étant : « maintenant que j’ai commencé, ce serait idiot que je m’arrête en si bon chemin… », ce qui est vrai même quand la décision de départ n’est pas forcément la bonne….

Engagement fort ou faible

Vous ne vous engagez pas de la même façon sur tous vos choix. En effet, plus le premier pas coûte cher (en énergie, en temps, en argent etc) plus vous persévérerez par la suite, pour ne pas « gâcher » les efforts déjà investis. Surtout si vous avez choisi « librement » de le faire.

Ne pas tomber dans le piège

Vous prenez une mauvaise décision sans vous en rendre compte. Et plutôt que de la remettre en question dès que vous vous apercevez qu’elle pose des problèmes, vous préférez persister, continuer à vous engager, quitte à perdre beaucoup et à aggraver la situation.
C’est ainsi que vous vous sentez piégé.
Vous perdez finalement encore plus en s’obstinant qu’en s’arrêtant à temps.

Comment manipuler.

La personne qui manipule doit mettre sa « victime » dans une dynamique qui va l’engager pour la suite. On lui demande, par exemple, un petit service qu’elle ne peut pas refuser, et lorsqu’on lui en demande un plus grand juste après, elle ne peut donc pas refuser.
On a réussi à l’amener à prendre une décision et elle ne peut plus faire machine arrière.

La semaine prochaine, je vous parlerai de  « domination, soumission et manipulation ».

Valérie Madej

Partages
Rendez-vous sur Hellocoton !

Étiquettes :
quanta-la-vie Copyright © 2013. All rights reserved.

Ecrit 11 février 2014 par Valerie Madej dans la catégorie "Développement personnel", "MANIPULATION

4 COMMENTS :

  1. By Sylvie on

    Je trouve cet article très pertinent. J’aimerais ajouter que parfois l’entourage pousse à rester cohérent avec son engagement de départ malgré l’évidence de l’erreur. J’ai eu le malheur de rencontrer et commencer à vivre avec un manipulateur pervers narcissique qui a rapidement fait de ma vie un enfer mais l’entourage ne faisait que me recommander de m’adapter, s’appuyant (tout comme mon manipulateur) sur la force de mon engagement de départ. L’idée étant qu’on se doit de rester fidèle à ses engagement vis-à-vis de quelqu’un! Certes, j’étais moi-même prise dans ce cercle vicieux de la cohérence mais sans cette pression sociale je n’aurais pas mis près de vingt ans avant d’en sortir enfin!

    Répondre
    1. By Valerie (Auteur) on

      Merci Sylvie pour ce partage ! Effectivement, la pression sociale est souvent forte, c’est ce que j’expliquais dans le précédent article. D’où l’importance d’écouter son intuition et sa petite voix intérieure. Elle, elle sait mieux que quiconque ce qui est bon pour vous. L’essentiel est que vous vous soyez sorti des griffes de ce MPN, et ça, ça mérite du respect car c’est loin d’être évident. Bravo Sylvie 🙂 A bientôt

      Répondre
  2. By Emmanuelle on

    Article intéressant et je rejoins Sylvie.
    L’engagement étant pour moi une valeur importante, j’ai poursuivi à deux reprises un engagement qui me détruisait. Je sors à peine du deuxième et commence en effet à comprendre que cesser tout de suite, lorsque l’on se rend compte qu’il s’agit d’une mauvaise décision , est préférable.
    Encore faut-il repérer et parvenir à entendre sa petite voix intérieure….

    Répondre
    1. By Valerie (Auteur) on

      Emmanuelle, quand ce type de chose se répète, cela signifie qu’il faut aussi aller travailler sur le schéma inconscient qui vous amène à rencontrer ce type de personnage…. L’EFT peut vous aider en douceur, à changer cela. Peut être est ce un manque d’estime de soi ou la réplique de quelque chose que vous avez vu, voir vécu enfant…? (schéma de fonctionnement des parents par exemple) … Prenez soin de vous 🙂

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.